Jacques Dubochet, bénévole nobélisé : « Pour une retraite harmonieuse, je cultive mes quatre ‘S’ »

Quel est le lien entre l’activité scientifique et l’enseignement des mathématiques aux mineurs non accompagnés ? Jacques Dubochet était l’invité de cette rencontre des bénévoles qui s’est déroulée à Crissier. La matinée du 22 septembre 2018 portait également sur la relation entre l’EVAM et les bénévoles ainsi que du soutien que l’établissement met en place pour un meilleur partenariat.

« Un bénévole est un citoyen un peu meilleur que les autres… » L’entrée en matière est réussie. L’intervenant prêche à des convaincus. Un auditoire de 150 personnes bénévoles applaudit abondamment le bénévole devenu récemment célèbre. 

Jacques Dubochet parle de sa famille, de son enfance « un peu asociale » et surtout de sa scolarité « difficile » avec une dyslexie. Il s’estime « chanceux ». Son directeur de collège diagnostique son trouble de la lecture. Ses notes sont catastrophiques mais son enseignant des travaux manuels l’aide à réaliser un énorme projet : construire un télescope. « Il a été ma bouée de sauvetage. Sans ce télescope, je n’aurais peut-être pas suivi la voie qui est devenue la mienne. »  C’est une évidence, « chacun devrait pouvoir sortir de l’école avec quelque chose qu’il porte et qui le porte ». Quelque chose qui ne doit pas nécessairement faire partie des branches valorisées par le système scolaire.

Le directeur du collège part à la retraite, et le « mauvais élève » est mis à la porte. Ses parents l’envoient à  l’internat du collège cantonal de Trogen, au fin fond d’Appenzell. « Solide dérouillée ». Il décolle au niveau scolaire. 

Les quatre ‘S’, pour l’équilibre
Jacques Dubochet affectionne les tranches de vie de 10 ans. Genève, Heidelberg, Lausanne… Il résume son activité de chercheur autour d’une formule ramassée, dont il a l’art : « La connaissance est un bien commun destiné à l’avantage de tous ».

Passant avec bonheur d’une tranche à l’autre, il arrive à l’âge qui sonne la retraite obligatoire dans les universités en Suisse. Avec sa femme, il réfléchit comment aborder cette nouvelle période. Sa sœur, ergothérapeute, le dirige rapidement vers le bénévolat. D’abord auprès d’une amie étrangère, puis pour l’association Appartenances, avant d’arriver au foyer du Chablais pour aider les jeunes mineurs non accompagnés en mathématiques. 

Fraichement retraité, il développe alors sa théorie des 4S : une vie pleine et harmonieuse passe par l’équilibre de quatre éléments.  
Le S1 concerne soi –même. Prendre d’abord soin de sa personne est une nécessité.
Le S2 recouvre le social. La relation aux autres, à la société est vitale et il faut la soigner.
Et la science ? C’est le S3 de Jacques Dubochet, par extension un loisir, une passion qui nous anime.
Les services représentent le S4. Ces tâches incontournables, prestations et diverses obligations qu’il nous faut fournir au quotidien.

« Après 10 ans d’expérience comme retraité, j’étais devenu bon. J’avais trouvé un équilibre. Puis arrive ce 4 octobre 2017 avec l’annonce du Prix Nobel. Tout a changé. Les choses se sont compliquées. C’est alors que je comprends que j’ai une voix. Qu’est-ce que j’en fais ? »  Une aubaine pour Jacques Dubochet qui a des choses à dire. Et depuis cette distinction, il a souvent l’occasion de les exprimer. Et d’être entendu.

Jacques Dubochet continue à donner du soutien à des jeunes requérants d’asile. C’est une relation de personne à personne, qui « fait du bien ! ». C’est clair, même très sollicité, il ne renonce pas au S2, question d’équilibre !

Connaître les besoins et attentes des bénévoles
L’EVAM a interrogé les bénévoles sur la manière de soutenir efficacement leur action, qui participe à l’intégration des migrants. Le besoin d’une personne de référence a été clairement soulevé, qu'il s'agisse de questions générales sur l’établissement, la procédure d’asile, les migrants, ainsi que pour certaines situations individuelles.
La mise sur pied de l’enquête découle de la stratégie de l’EVAM centrée sur l’autonomie des migrants. L’un des axes vise à favoriser l’accès des migrants au réseau de la société civile et au monde du travail. Enfin, cette étude est en relation avec l’un objectif des Programmes Cantonaux d’Intégration (PIC II) et notamment la stratégie 2018-2021 qui couvre 3 piliers : Arriver, Vivre et Rencontrer. C’est dans le troisième pilier que s’insère la question du bénévolat : Le « Vivre-ensemble » qui se décline, entre autres, par l’encouragement des projets d’échange, le soutien du travail bénévole et la consolidation de la mise en réseau.

Une interlocutrice nommée à l'EVAM
Sur la base des résultats, l’EVAM a décidé d’agir. Nous avons réorienté forces et compétences existantes en nommant une personne de contact privilégiée auprès des bénévoles. Charlotte Mosquera est désormais en charge de structurer nos relations avec les bénévoles, de simplifier les flux d’information et de développer l’appui que nous pouvons prodiguer.  Avec une adresse e-mail unique à disposition benevolat(at)evam.ch, gageons que l’action pour favoriser l’intégration des migrants gagnera en intensité.

Evi Kassimidis
Chargée de communication

 

 


Auteur-e: Evi Kassimidis
Date: jeudi, 18 octobre 2018
Catégorie: Actualités générales, Secteur Centre, Secteur Est, Secteur Lausanne, Secteur Nord, Secteur Ouest, Partenaires, Mineurs non accompagnés