Un ex-requérant exemple d’une intégration réussie

Rencontre avec Eric Bouendé, conseiller communal à Tannay, district de Nyon, qui revient sur son passé de migrant, alors qu’un référendum sur la création d’un foyer de l’EVAM divise les Nyonnais.

Eric Bouendé Tomfeun est conseiller communal à Tannay (photo: Odile Meylan)

«Je suis fier. Je m’occupe de naturaliser les étrangers alors que moi-même j’étais censé être loin!» Eric Bouendé Tomfeun sirote un chocolat chaud, assis dans un café de Tannay, son village. Il tourne entre ses doigts une carte bleu ciel: sa nouvelle pièce d’identité.

Originaire de Douala, au Cameroun, cet ex-requérant d’asile est désormais Suisse depuis novembre dernier. L’homme de 35 ans a été élu avant cela au Conseil communal de Tannay, où il siège précisément dans la commission de naturalisation. Une fonction qu’il apprécie énormément. «Le sujet me touche beaucoup, car je m’identifie aux gens sur lesquels nous statuons. Maintenant, je me retrouve de l’autre côté de la table, à poser des questions de culture suisse», souffle ce grand timide avec étonnement et joie. Habituellement calme et réservé, sa voix est souvent chargée d’émotions lorsqu’il parle de son parcours. 
 

Un cheminement difficile
Arrivé dans l’abri de protection civile de Coppet il y a quinze ans, Eric Bouendé s’est battu pour faire sa place à Tannay. «Ce petit village de campagne» est devenu son chez-soi idéal. Il compte y mener sa vie. Père de famille et entraîneur de l’équipe juniors de l’Union Sportive de Terre Sainte, le conseiller communal est également concierge à la Commune de Coppet. «Après le travail, je me retrouve au terrain de foot, ou je vais marcher dans les champs et au bord du lac.»

Eric Bouendé a réussi son intégration à 100%. Son parcours parsemé de victoires n’a pourtant pas toujours été facile. Loin de là. «Quand je suis arrivé ici, à 21 ans, c’était le désert. C’était très dur», avoue-t-il, en faisant référence aux nuits passées à l’abri de Coppet, à son futur incertain et à sa demande d’asile refusée à plusieurs reprises.

Mais très vite la population s’est mobilisée en faveur de l’ancien migrant. Une pétition a été lancée pour aider le jeune homme à obtenir un permis B. C’était il y a dix ans. Eric Bouendé se dit incapable d’énumérer tous les gens qui lui ont tendu la main au fil des années. Il préfère simplement les remercier. Leur accueil chaleureux a néanmoins une raison bien précise, selon lui. «Il faut aller vers les autres et ne pas s’enfermer dans sa communauté, explique-t-il. Pour tout immigré, la seule solution est l’intégration. La mienne s’est faite grâce au foot – en tant que joueur et entraîneur – et à la paroisse de Saint-Robert à Founex dont j’étais membre.»

«J’ai eu de la chance. D’autres n’en ont pas.» Eric Bouendé parle du flux massif de migrants en route vers l’Europe. «Ça me fait énormément de peine», commente-t-il. Pendant son temps libre, le conseiller communal est d’ailleurs bénévole pour l’EVAM. Il a organisé à plusieurs reprises des tournois de foot avec les requérants d’asile du refuge de Coppet, avant sa fermeture. Il est désormais une référence pour les gens de la région. «Les habitants me donnent souvent des habits pour que je les apporte à l’EVAM.»

Quant au référendum prochain sur la construction d’un foyer à Nyon, son avis est clair. «Si l’abri existait déjà, il n’y aurait pas de problème car on saurait comment ça marche. Est-ce que les riverains auront envie de cohabiter avec des migrants? Il faut laisser la population décider. Ici, on est un pays de démocratie.»


Eric Bouendé le sait bien, lui qui vient d’une nation gouvernée depuis 34 ans par le même président. Il ne souhaite pas retourner au Cameroun, à part pour les vacances. Le mois dernier, lors d’un séjour à Douala, il a retrouvé sa mère et sa demi-sœur, qu’il n’avait pas vues depuis plus de quatre ans. «Ma mère m’a donné un petit nom, «papa». Un papa est quelqu’un de grandiose, qui représente tout», souligne-t-il.

Eric Bouendé est en contact permanent avec elles pour les tenir au courant de sa vie en Suisse. «Quand je suis arrivé à Zurich, en mai 2002, jamais je n’aurais pu imaginer ce scénario», d’autant plus que la destination finale devait alors être le Canada. «Mais je suis tombé amoureux de la région. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus Suisse que Camerounais.» L’engagement politique d’Eric Bouendé est pour lui aussi une façon de remercier son pays d’accueil. «C’est grâce aux quinze ans passés ici que je suis ce que je suis.»

 

24 Heures, Juliane Roncoroni
7 mars 2017


Auteur-e: Mélanie BRENZIKOFER
Date: jeudi, 22 juin 2017
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