«Le travail me donne un équilibre et me permet d’apprendre le français»

La Fondation Bartimée a pour mission l’insertion professionnelle des personnes confrontées à des problèmes d’addiction. Dans cet objectif, elle leur propose différents types d’ateliers. Quatre requérants d’asile ont été intégrés dans un de ces programmes, dans une laverie à Yverdon, mais dans un autre cadre, celui de travaux d’utilité publique (TUP). Leurs fonctions consistent à nettoyer des gobelets réutilisables. Initialement développés pour occuper les demandeurs d’asile, les TUP ont aussi pour objectif de les intégrer et de leur offrir une première expérience dans le monde du travail.

Chaque matin, trois requérants assurent un service de huit heures à midi. L’après-midi, un autre bénéficiaire de l’EVAM rejoint l’atelier. Il fait chaud et humide dans les locaux de la laverie. Beyene, Baldé et Kibrom accomplissent leurs tâches énergiquement, sans relâche. Même si le travail est très répétitif, les trois hommes sont très concentrés sur leur ouvrage et semblent heureux d’être là.
«Ca me plait d’être ici. L’ambiance est bonne, je m’entends bien avec mes collègues et avec le responsable», avoue Beyene. «C’est très important pour moi de travailler. Si je n’ai pas d’activité, je n’arrive pas à dormir ni à être bien», poursuit-t-il.
Le jeune homme cherche un emploi fixe. Sans relâche. «Je trouve pas, ça fait mal. En Erythrée, il y avait trop. Ici, il y a pas.» Il arbore fièrement son permis de conduire (Suisse), fraîchement obtenu.

Beyene était chauffeur dans son pays. «J’aimerais faire la même chose ici, mais c’est pas facile dans ma situation. J’ai un permis N. J’attends une décision (suite à sa demande d’asile)».
Baldé est arrivé en Suisse en 2009. Ce Guinéen à l’aide d’urgence a connu de longues périodes sans emploi. «C’était pas bien, mais on s’adapte. Aujourd’hui, je ne pourrais plus envisager de rester inactif.» Tout comme Beyene, il aime son travail à la laverie et apprécie l’ambiance avec ses collègues et son responsable. «Maintenant, j’ai une motivation pour me lever chaque matin. Ça me donne un rythme. C’est important d’être occupé. Et puis, ce qu’on fait, ça donne aussi une bonne image des requérants d’asile», relève Baldé.


«En Israël, je travaillais 15 heures par jour»
Kibrom est Erythréen. Avant d’arriver en Suisse, il a vécu cinq ans en Israël. «Je travaillais dans un kibboutz, quinze heures par jour. Alors, même huit heures, c’est simple pour moi. Là-bas, je faisais beaucoup de choses différentes. Je conduisais des machines, je m’occupais des cultures. Maintenant, je sais tout faire», dit-il, en alternant le français et l’anglais.
L’homme apprécie son travail à la laverie. Tout comme pour ses deux collègues, il n’apprécie pas l’oisiveté. «J’habite dans un village. Je suis célibataire et je n’ai pas de famille. C’était difficile pour moi de rester à la maison. Le travail me donne un équilibre et me permet d’apprendre le français», explique Kibrom.


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TUP: concept et objectifs
De manière générale, le but des programmes d’activité (PA) est non seulement d’offrir une occupation aux requérants d’asile, mais aussi une expérience professionnelle pratique. Les PA remplissent donc deux objectifs distincts: développer les compétences professionnelles de certains participants et lutter contre les effets négatifs de l’inactivité (isolement, oisiveté, perte de confiance en soi, etc.).

Ces immersions dans des équipes ont un effet socialisant. Trop souvent, les requérants d’asile n’ont pas l’occasion de se confronter avec la «vraie vie» d’ici, car ils restent entre eux, dans des lieux faits pour les migrants. Ces programmes d’activité sont un excellent moyen de se créer un réseau, parfois très soutenant, d’acquérir des codes sociaux, de comprendre le fonctionnement de notre société en côtoyant la population locale. A travers ces expériences, les migrants peuvent améliorer leur niveau de français d’une autre manière qu’en suivant des cours.

Les TUP ne remplacent pas des postes de travail, ils ne concurrencent pas le marché de l’emploi. Les tâches effectuées par les requérants d’asile sont un plus pour la collectivité. Les migrants ne perçoivent pas de salaire; ils sont indemnisés pour le travail accompli et continuent de toucher leurs prestations d’assistance de l’EVAM. Les TUP peuvent être pratiqués uniquement dans les secteurs publics, parapublics ou le milieu des associations sans but lucratif. Ils sont limités dans le temps.


Différents travaux d’utilité publique sont mis en place dans tout le canton de Vaud. Les journalistes qui souhaitent se rendre sur le terrain pour réaliser un reportage sont invités à contacter le service de communication de l’EVAM.

 

 

Mélanie Brenzikofer


Auteur-e: Mélanie BRENZIKOFER
Date: lundi, 21 août 2017
Catégorie: Occupation, Secteur Nord