«Je nourris les oiseaux et renseigne les visiteurs»

Peinture, nettoyages: des travaux d’utilité publique (TUP), Gocha en avait déjà effectués quelques-uns. Mais depuis juillet 2017, le requérant d’asile est occupé dans un TUP d’un nouveau genre, pour le moins original: le nourrissage d’oiseaux. Et l’endroit où il le pratique ne l’est pas moins… Il ne s’agit ni d’une volière, ni d’une animalerie, mais du Centre d’Art Contemporain d’Yverdon-les-Bains. Initialement développés pour occuper les demandeurs d’asile, les TUP ont aussi pour objectif de les intégrer et de leur offrir une première expérience dans le monde du travail.

Des guitares électriques et des basses amplifiées posées sur des trépieds sont entreposées dans les halles voutées du Centre d’Art Contemporain d’Yverdon. Dans cet espace de 300 m2, ajoutez 88 oiseaux, des mandarins, qui se déplacent en toute liberté. Entre chaque mouvement, les volatiles se posent sur les cordes des instruments de musique, provoquant des sons et des mélodies pour le moins particulières.
Depuis le début de cette exposition de Céleste Boursier-Mougenot intitulée «From here to ear», Gocha est occupé par le musée pour nourrir et donner à boire aux oiseaux, mais pas seulement. «Je prépare la salle avant l’arrivée du public, je nettoie le sable au sol et je renseigne aussi les visiteurs. Par exemple, je leur explique de quel pays viennent les oiseaux», explique-t-il.

Le requérant kurde ezioli originaire de Géorgie a trouvé un équilibre au sein de l’établissement. L’entente avec les membres du staff est excellente. «Parfois, on va manger tous ensemble. J’ai même parlé russe avec la directrice», dit-il un brin ému. L’homme a aussi eu l’opportunité d’inviter sa femme et ses enfants sur son lieu de travail. Un grand moment de fierté.

 

«Le travail est une chance»
L’occupation de Gocha au Centre d’Art Contemporain prendra fin en même temps que l’exposition de Céleste Boursier-Mougenot, soit le 5 novembre 2017. L’homme espère que cette expérience lui permettre de trouver un emploi, même si ce n’est pas le seul critère décisif. «J’attends une réponse à ma demande d’asile. Maintenant je suis ici, après, je ne sais pas. J’espère vraiment trouver un emploi. Le travail est très important pour moi, c’est une chance. Je suis déjà très reconnaissant de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent.»


Autres reportages sur les TUP:

Galerie photos

Exposition «From here to ear» de Céleste Boursier-Mougenot

 


TUP: concept et objectifs
De manière générale, le but des programmes d’activité (PA) est non seulement d’offrir une occupation aux requérants d’asile, mais aussi une expérience professionnelle pratique. Les PA remplissent donc deux objectifs distincts: développer les compétences professionnelles de certains participants et lutter contre les effets négatifs de l’inactivité (isolement, oisiveté, perte de confiance en soi, etc.).

Ces immersions dans des équipes ont un effet socialisant. Trop souvent, les requérants d’asile n’ont pas l’occasion de se confronter avec la «vraie vie» d’ici, car ils restent entre eux, dans des lieux faits pour les migrants. Ces programmes d’activité sont un excellent moyen de se créer un réseau, parfois très soutenant, d’acquérir des codes sociaux, de comprendre le fonctionnement de notre société en côtoyant la population locale. A travers ces expériences, les migrants peuvent améliorer leur niveau de français d’une autre manière qu’en suivant des cours.

Les TUP ne remplacent pas des postes de travail, ils ne concurrencent pas le marché de l’emploi. Les tâches effectuées par les requérants d’asile sont un plus pour la collectivité. Les migrants ne perçoivent pas de salaire; ils sont indemnisés pour le travail accompli et continuent de toucher leurs prestations d’assistance de l’EVAM. Les TUP peuvent être pratiqués uniquement dans les secteurs publics, parapublics ou le milieu des associations sans but lucratif. Ils sont limités dans le temps.


Différents travaux d’utilité publique sont mis en place dans tout le canton de Vaud. Les journalistes qui souhaitent se rendre sur le terrain pour réaliser un reportage sont invités à contacter le service de communication de l’EVAM.

 

 

Mélanie Brenzikofer


Auteur-e: Mélanie BRENZIKOFER
Date: lundi, 21 août 2017
Catégorie: Occupation, Secteur Nord