Des requérants d’asile collaborent avec un festival estival

«Les Scènes du Chapiteau» est un festival estival qui allie arts de la scène et gourmandise. Depuis trois ans, l’EVAM collabore avec cette manifestation culturelle basée à Romainmôtier, dans le cadre de travaux d’utilité publique (TUP). Des requérants d’asile sont employés pour diverses tâches allant du montage des infrastructures à l’installation électrique, en passant par l’entretien des alentours. Initialement développés pour occuper les demandeurs d’asile, les TUP ont aussi pour objectif de les intégrer et de leur offrir une première expérience dans le monde du travail.

«Je réponds en français ou en portugais? En portugais, c’est mieux pour moi! Ah oui… J’ai pas le choix! Je suis en Suisse, je dois parler français!» André plaisante. Depuis le mois de juillet 2017, ce requérant d’asile angolais s’active sur le chantier du festival. Avec fierté, il présente son travail. «Ma spécialité, c’est l’électricité. D’ailleurs, on m’a nommé responsable pour ça. Mais je suis un homme tout-terrain, je sais faire beaucoup de choses. Je m’occupe aussi de la peinture», dit-il avec fierté. Cet homme, marié et père de deux enfants, raconte qu’il était designer dans son pays. Ici, il a suivi une formation dans le domaine de l’électricité. «Tout travail est bon pour moi. Je n’aime pas rester à la maison sans rien faire. Ca m’est arrivé pendant six mois, je devenais fou. Maintenant, je suis heureux. Et ma famille est fière de moi», dit-il.

Un peu plus loin, Ikeo s’entretient avec Pascal, son coordinateur de programme d’occupation à l’EVAM. Le requérant Nigérian n’est pas dans son assiette aujourd’hui; il a reçu une mauvaise nouvelle. Après avoir parlé de son problème, il retourne à son ouvrage. Avec Tim, un charpentier, il étale une bâche sur le sol. Malgré son état d’esprit plutôt à la baisse, au vu des circonstances, Ikeo apprécie d’être là. «C’est important pour moi, je ne peux pas vivre sans travailler. J’ai besoin d’avoir une activité. Ça m’occupe et ça me valorise», dit-il dans un anglais parfait. Cet après-midi, pas le moral pour «trop parler» en français…


Découverte d’une vocation
Camara, lui, n’en est pas à sa première participation avec «Les Scènes du Chapiteau». Intégré dans le staff pour la troisième année consécutive, ce Guinéen est aujourd’hui membre de l’association. «Je m’occupe surtout des extérieurs. Je passe la tondeuse, j’entretiens les sentiers. Mais je fais aussi un peu de peinture», explique-t-il. Pour le jeune homme, ces travaux d’utilité publique auront été une véritable révélation, puisqu’il envisage d’entreprendre un apprentissage de paysagiste. «Perso, ce TUP m’a vraiment aidé. Ça m’a permis de découvrir un métier que j’aime et de m’entraîner. Et aussi, de connaître pas mal de personnes», relève-t-il.

Tim, le charpentier, s’occupe du chantier et de l’encadrement des requérants d’asile en TUP. Il apprécie cette collaboration. «Les gars nous aident bien. On leur explique correctement et ils s’adaptent. Dans l’ensemble, tout fonctionne bien. Ici, ils ont l’occasion d’apprendre plus tranquillement que s’ils étaient employés par une entreprise. Ça leur permet de se mettre dans le bain à leur rythme. C’est nécessaire.»
Pendant les pauses, les migrants parlent d’où ils viennent, de leur situation, de celle de leur pays. «Ces moments d’échanges et de partage font du bien. Chacun apprend à mieux connaître l’autre», explique Tim.


La 8ème édition du festival «Les Scènes du Chapiteau» a eu lieu du 17 au 20 août 2017, à Romainmôtier. Au programme, des rencontres autour de la musique, de la danse, du théâtre et de la gourmandise. Les requérants d’asile cités ci-dessus ont également participé à cette manifestation dans le cadre de leurs TUP.

 

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TUP: concept et objectifs
De manière générale, le but des programmes d’activité (PA) est non seulement d’offrir une occupation aux requérants d’asile, mais aussi une expérience professionnelle pratique. Les PA remplissent donc deux objectifs distincts: développer les compétences professionnelles de certains participants et lutter contre les effets négatifs de l’inactivité (isolement, oisiveté, perte de confiance en soi, etc.).

Ces immersions dans des équipes ont un effet socialisant. Trop souvent, les requérants d’asile n’ont pas l’occasion de se confronter avec la «vraie vie» d’ici, car ils restent entre eux, dans des lieux faits pour les migrants. Ces programmes d’activité sont un excellent moyen de se créer un réseau, parfois très soutenant, d’acquérir des codes sociaux, de comprendre le fonctionnement de notre société en côtoyant la population locale. A travers ces expériences, les migrants peuvent améliorer leur niveau de français d’une autre manière qu’en suivant des cours.

Les TUP ne remplacent pas des postes de travail, ils ne concurrencent pas le marché de l’emploi. Les tâches effectuées par les requérants d’asile sont un plus pour la collectivité. Les migrants ne perçoivent pas de salaire; ils sont indemnisés pour le travail accompli et continuent de toucher leurs prestations d’assistance de l’EVAM. Les TUP peuvent être pratiqués uniquement dans les secteurs publics, parapublics ou le milieu des associations sans but lucratif. Ils sont limités dans le temps.


Différents travaux d’utilité publique sont mis en place dans tout le canton de Vaud. Les journalistes qui souhaitent se rendre sur le terrain pour réaliser un reportage sont invités à contacter le service de communication de l’EVAM

 

Mélanie Brenzikofer


Auteur-e: Mélanie BRENZIKOFER
Date: lundi, 21 août 2017
Catégorie: Occupation, Secteur Nord