«Ca me fait du bien de travailler au cimetière. C’est calme et je me sens en sécurité»

Au cimetière d’Yverdon, un nouveau collaborateur a rejoint l’équipe d’entretien. Abdel, un requérant d’asile soudanais, a été affecté pour diverses tâches telles que l’entretien des bordures, l’étalage de graviers autour des tombes, ou encore l’arrachage de mauvaises herbes. Mais Abdel n’est pas un employé comme les autres, il participe à des travaux d’utilité publique (TUP). Initialement développés pour occuper les demandeurs d’asile, les TUP ont aussi pour objectif de les intégrer et de leur offrir une première expérience dans le monde du travail.

Malgré la pluie annoncée, il fait beau ce mercredi matin à Yverdon. A l’entrée du cimetière, on aperçoit Abdel sarcler les bordures, ses écouteurs sur les oreilles. Il est paisible. Lorsqu’il aperçoit Pascal, son coordinateur de programme d’occupation à l’EVAM, il s’arrête et vient le saluer en souriant: «Bonjour chef!». Abdel montre son travail et explique ses différentes tâches: entretien des bordures, étalage des graviers autour des tombes, taille des arbres, ramassage des déchets, balayage, etc. Le requérant apprécie beaucoup son lieu de travail. Parmi tous les TUP qu’il a effectués (pour commune de Sainte-Croix, déblayage de neige, etc.), le cimetière est de loin son préféré. «Ca me fait du bien de travailler ici. C’est calme et je me sens en sécurité», explique-t-il.
L’homme évoque sa situation personnelle, compliquée. Arrivé en Suisse il y a deux ans, il vit ici sans sa femme et ses deux enfants, restés au Soudan. Il espère un regroupement familial. «Ma famille me manque beaucoup. Je n’ai plus de nouvelles depuis des mois. J’aimerais qu’elle me rejoigne. J’aime la Suisse, car le pays est calme. Il y a la sécurité policière ici.»

Le responsable de l’entretien du cimetière, Marc, arrive sur les lieux. L’homme est très satisfait du travail fourni par le migrant. «Il est parfait pour les tâches minutieuses. Il est autonome, ponctuel et discret», souligne-t-il. Et la discrétion, c’est une qualité indispensable pour être employé dans un cimetière…

 

«J’ai besoin de travailler»
Les trois hommes discutent ensemble. Pascal interroge Abdel:
- «Tu connais toutes les mauvaises herbes maintenant! Et les noms des arbres? Donne-m’en un!»
- «Le saule!», répond le requérant. L’atmosphère est chaleureuse et détendue.
Abdel tient énormément à son travail, il s’y accroche. «J’ai besoin de travailler. Je ne veux pas rester à la maison sans rien faire. Je suis content au cimetière. J’aime ce que je fais et l’ambiance avec les collègues.»
Fin novembre, le requérant devra pourtant prendre congé. «Mon boulot à moi consiste aussi à lui expliquer que ce n’est pas un travail, mais une occupation», conclut Pascal.


Autres reportages sur les TUP:

Galerie photos


TUP: concept et objectifs
De manière générale, le but des programmes d’activité (PA) est non seulement d’offrir une occupation aux requérants d’asile, mais aussi une expérience professionnelle pratique. Les PA remplissent donc deux objectifs distincts: développer les compétences professionnelles de certains participants et lutter contre les effets négatifs de l’inactivité (isolement, oisiveté, perte de confiance en soi, etc.).

Ces immersions dans des équipes ont un effet socialisant. Trop souvent, les requérants d’asile n’ont pas l’occasion de se confronter avec la «vraie vie» d’ici, car ils restent entre eux, dans des lieux faits pour les migrants. Ces programmes d’activité sont un excellent moyen de se créer un réseau, parfois très soutenant, d’acquérir des codes sociaux, de comprendre le fonctionnement de notre société en côtoyant la population locale. A travers ces expériences, les migrants peuvent améliorer leur niveau de français d’une autre manière qu’en suivant des cours.

Les TUP ne remplacent pas des postes de travail, ils ne concurrencent pas le marché de l’emploi. Les tâches effectuées par les requérants d’asile sont un plus pour la collectivité. Les migrants ne perçoivent pas de salaire; ils sont indemnisés pour le travail accompli et continuent de toucher leurs prestations d’assistance de l’EVAM. Les TUP peuvent être pratiqués uniquement dans les secteurs publics, parapublics ou le milieu des associations sans but lucratif. Ils sont limités dans le temps.


Différents travaux d’utilité publique sont mis en place dans tout le canton de Vaud. Les journalistes qui souhaitent se rendre sur le terrain pour réaliser un reportage sont invités à contacter le service de communication de l’EVAM.

 

Mélanie Brenzikofer


Auteur-e: Mélanie BRENZIKOFER
Date: lundi, 21 août 2017
Catégorie: Occupation, Secteur Nord