Journée des bénévoles du 9 octobre 2010
Les responsables de secteurs de l'EVAM ont invité le réseau bénévole à une journée d'échanges et de réflexion à Lausanne le samedi 9 octobre 2010 (voir actualités).
Le matin, la trentaine de participants ont pu assister à une conférence de Florence Rouiller, juriste souvent sollicitée dans la défense des migrants, puis à une présentation de l'association EDEA, constituée principalement de jeunes Nigérians dont les activités visent à prévenir la délinquance.
L'après-midi, des ateliers ont permis aux bénévoles de partager quelques-unes de leurs expériences au moyen de textes et de dessins, reproduits ci-dessous.
Fin de Ramadan sur la Côte

Nous étions début décembre il y a plusieurs années à Coppet. Les bénévoles préparaient la fête de Noël en proposant un repas avec les requérants d’asile. J’étais malheureuse d’inviter tous ces requérants musulmans à notre fête de Noël en ayant ignoré que la fête de la fin du Ramadan approchait. Je suis donc allée avec mes amis bénévoles rencontrer les requérants pour leur demander comment ils fêtaient la fin du Ramadan. Selon leurs indications, nous avons préparé le repas de fête et l’avons mangé avec eux dans l’abri antiatomique.
Un requérant d’asile absent lors de la préparation m’a alors demandé : "Quel anniversaire est-ce qu’on fête ?" Je lui ai répondu : "La fin du Ramadan !" Il me regarde et demande : "C’est ton idée ?" Je réponds timidement : "Oui…" Alors il s’est levé d’un bond : "Mais il faut le crier ! Car si tout le monde pensait comme ça, on pourrait rentrer chez nous demain !"
Trois semaines plus tard, ils ont accepté notre invitation à la fête de Noël. Je me suis trouvée entre deux géants musulmans chantant à pleine voix les chants de Noël dans mes oreilles.
Café-contact à Crissier

Par une belle journée ensoleillée, nous nous retrouvons en nombre avec nos amis requérants pour un échange autour d’une table bien garnie. Cafés, pâtisseries, boissons en tout genre font la joie des enfants comme de leur parents, nombreux à participer à cet en-cas sympathique.
C’est avec plaisir que nous avons pu voir les différentes communautés se mélanger et partager leur point de vue sur leurs préoccupations et leurs réussites. Ces rencontres permettent aussi aux résidents de développer une solidarité et de s’entraider.
Pour notre groupe, ces moments privilégiés cassent la relation de routine des autres activités, tels que la tenue du vestiaire. Cela nous permet de découvrir leur personnalité, d’ouvrir notre cœur à leur parcours souvent difficile.
La rencontre se termine dans la joie, et chacun rentre chez soi en se réjouissant déjà du prochain café-contact.
De l’exil au gymnase

Il est Arménien. Il a 17 ans. Il ne sait pas que faire de sa vie, en attendant une réponse à la demande d’asile de ses parents.
La bénévole lui propose d’entreprendre une année d’études à l’OPTI, fait les démarches, obtient son inscription. Il s’en réjouit. La bénévole lui demande de la rappeler quand il saura le français.
Une bonne année plus tard et un lieu d’hébergement plus loin, coup de fil : "Vous vous souvenez de moi ? J’ai terminé mon cours et je vais entrer au gymnase !"
Accueil

Arrivée du Kosovo la veille, elle allait bientôt avoir son bébé. Démunie de tout, après un petit tour à la Migros, elle me désigna le kiosque. C’était une glace qui lui faisait envie, tellement. Assise sur le banc public, elle dégustait lentement avec bonheur et jetait doucement de petites miettes de son cornet aux petits oiseaux du parc.
Elle les rencontrait chaque jour et ils tendaient la main. Que faire ? Donner de l’argent ? Non ! Elle frappa à leur porte, leur donna beaucoup plus : sa présence, son sourire, et ils partagèrent le repas.
Au début était la Parole, et l’un d’entre nous connaissait leur langue, si peu connue chez nous. Les mots ouvriront le chemin du partage. Ils permettront de poser tant de souvenirs douloureux.
Donner et recevoir en allant les rencontrer dans leur immeuble peu engageant. Trouver leur petite chambre dans les étages, être accueillie chaleureusement, ressentir l’émotion plein son cœur.
Fête de Noël à l’EVAM de Crissier

A l’occasion de la fête de Noël, les bénévoles du groupe Café-contact ont organisé une soirée avec les requérants d’asile de toutes nationalités (Kosovars, Nigérians, Guinéens, Sud-Américains…). Rassemblés autour d’un sapin de Noël dans la cuisine de l’EVAM, nous avons ensemble eu un moment de partage.
Les bénévoles d’un côté ont chanté des chants de Noël suisses et les autres les chants de Noël de leur pays respectif. Puis nous avons tous ensemble partagé le repas préparé par les bons soins de Sidiki. La chose la plus rigolote est que nous avions nos assiettes sur les genoux et que beaucoup se servaient de leurs doigts pour manger. Puis nous avons dansé sur un air de guitare que nous a joué un requérant.
Nous avons terminé la soirée par la distribution des cadeaux aux enfants des requérants.
Une grande maison pour accueillir

Elle a un cœur d’or, un cœur de maman. Elle vient de la Martinique, se marie mais perd bientôt son mari. Sensible, de par son parcours, à la réalité de la migration, elle cherche à accueillir quelqu’un, et ce fut une fillette de 12 ans venue du Kosovo. Celle-ci a maintenant 25 ans et "c’est ma fille", dit-elle. Une fille qui a maintenant un bon poste à la Coop à Neuchâtel et qui trouve son chemin parmi nous.
Plus tard est venu un jeune Togolais, Koffi, accueilli de même. Il est maintenant marié, trois enfants sont nés, mais tout le reste de la petite famille vit en Amérique. Le rêve : les réunir ! Koffi espère commencer des études de médecine. "C’est mon garçon, je me réjouis tellement d’être la grand-maman de ses enfants !"
A Babak, et bonne chance pour votre vie en Europe
