La journée suisse des élèves de français du foyer de Sainte-Croix
Le petit texte qui suit va vous ramener au cœur de l’été. Vous découvrirez la "Journée suisse", une des animations mise sur pied par le personnel pour les résidents du foyer d’accueil de l'EVAM à Sainte-Croix. Honorés et fiers, quelques étudiants racontent cette lumineuse journée, avec le petit bagage de français emmené avec eux...
Le jeudi 11 août, nous sommes allés à une ferme d’alpage, près de Sainte-Croix.
Nous sommes partis à 6:15 dans la montagne pour regarder la fabrication du fromage.
Nous avons voyagé quelques kilomètres en minibus, après nous avons marché environ 1 heure et demie. Et on a coupé des fleurs.
Il y avait beaucoup de soleil. Nous avons vu la plus grande montagne d’Europe dans les Alpes. Elle s’appelle le Mont-Blanc. Mont, c’est le mot pour Montagne. Blanc, c’est pour la neige.
Monsieur Pascal a amené les dernières personnes fatiguées en minibus jusqu’à la fromagerie de la Grandsonnaz-Dessous. On était 31 personnes.
Dar’Ya, une très jeune fille de Biélorussie, a donné les fleurs au fromager.
Après, nous avons tous regardé le fromager faire le fromage et il a expliqué la méthode de fabrication et de quel matériel il a besoin.
Il a tourné des fromages de 50 kilos, mais quand le fromage a 4 mois, il pèse environ 30 kilos.
Pour faire 1 kilo de fromage, il a besoin 10 litres de lait.
Nous avons goûté du gruyère et le gruyère c’est très bien et c’est très bon !
Tout le monde était heureux !
Après on est sortis pour regarder les porcs et visiter la ferme.
On a bu du lait frais et on a mangé une tarte aux fruits préparée par Genet, notre amie, et les enfants du Centre.
Mais des personnes n’ont pas mangé et pas bu parce que c’est le Ramadan pour les musulmans et Tsom pour les orthodoxes.
Le minibus est venu chercher quelques personnes. Elles étaient fatiguées ou elles avaient mal aux pieds.
Les autres sont descendues à pied. On a vu des jolies fleurs et on a mangé des fruits.
On a marché environ 2 heures et on a chanté très fort en français !
On était très fatigués mais très, très contents !
Pourquoi ? Parce que l’intendant Monsieur Pascal est venu nous chercher avec le minibus !
Mais 5 personnes sont quand même arrivées à pied au Centre. Et elles n’étaient même pas fatiguées !
Quand nous sommes arrivés à l’EVAM, les employés avaient préparé un grand brunch pour tout le monde : pour les personnes parties à la montagne, les personnes restées à Sainte-Croix et pour les bénévoles aussi. Le brunch, c’est une chose traditionnelle en Suisse le 1er août !
Au buffet, il y avait des fruits, des préparations des résidents du Centre (confitures, gâteaux, tartes), des boissons : beaucoup de nourriture ! Et on a tous beaucoup mangé.
Après ça, nous avons regardé la vidéo de Beteleme qui avait tout filmé.
C’était très, très bien !
Et après la vidéo, chacun a posé une question sur la Suisse à Monsieur Andreas, un assistant social, et à Madame Nicky, notre professeur de français et ils ont répondu.
Nous disons à l’EVAM : "S’il vous plaît encore, encore !"
Et nous espérons que l’EVAM dit : "OK !"
Septembre 2011
A la rédaction de ce texte :
Mmes Genet A., Helan N.G., Rahel K., Melle Beteleme et MM. Tesfalassé G., Yohannes T., Yosief M., d’Erythrée. MM. Okechukwu E. et Kenneth U., du Nigeria
Avec la participation de :
M. Abdullah U., de Macédoine, M. et Mme Aleksandre K. et Lali G., de Georgie et de Russie
Commentaire de l'enseigante de français:
Voilà, je vous ai laissés tout au plaisir et à la curiosité de voyager avec eux, mais j’aimerais vous montrer comment nous sommes arrivés à une telle qualité de travail … après à peine 4 mois et demi de cours de français à raison de 7 heures par semaine, réparties sur 2 jours.
Nous avons ainsi procédé en plusieurs étapes qui ont occupé environ 5 cours.
D’abord les étudiants ont refait le film de la journée dans un joyeux brouhaha qui, de fait, s’apparentait bien à du français !
Ensuite, organisés en petits groupes, en dehors de ma présence, ils ont travaillé ensemble dans la classe.
Nous avions convenu que chaque groupe raconterait par écrit un moment de la journée et que ceux qui n’avaient pu y participer aideraient les autres au niveau de la langue ou de l’écrit.
En rassemblant ces écrits, nous avons obtenu un premier texte, relatant bien la journée et exprimant assez bien ce qu’ils avaient vécu.
Mais… et oui, il fallait quand même bien conjuguer les verbes. Ils savaient bien que là, il y avait quelque chose à faire ! Puis, rechercher du vocabulaire dans leurs acquis pour "pas répéter tout le temps la même chose" et "parler mieux et pas en français réfugiés" (sic).
Cependant, il me tenait à cœur de ne pas trahir la spontanéité du récit qui leur avait demandé passablement d’énergie. Je leur en ai fait part et c’est dans ce souci que nous avons aménagé le texte pour vous l’offrir tel que vous l’avez lu.
J’ai saisi ici l’occasion de vous montrer comment enseignement, tout comme apprentissage du français ne sont pas forcément condamnés à des lourdeurs strictement "scolaires".
Animations, évènements, moments de vie plus ou moins heureux (match de foot, Ramadan, naissances, transferts, hospitalisations, arrestations, obtentions du Permis etc .) et français peuvent vivre en liens étroits et vivants, même avec de petits moyens de communication.
L’objectif est qu’en fonction des ressources-origine chacun puisse au mieux expliquer, demander, exprimer, commenter : en "un mot" partager ce qu’il vit, ce à quoi il aspire, se faire entendre. Exister ici. Un peu plus, un peu mieux !
Une journée comme celle-ci est un véritable cadeau qui permet aux étudiants de vivre pleinement leur français.
De plus, surpris et fiers, ils ont pu évaluer eux-mêmes leurs possibilités de communication : avec les fromagers, avec les promeneurs croisés ce jour-là, entre eux et avec nous tous.
Les "Bonjour Messieurs Dames, bonne journée !" Les "C’est joliii !", les "Humm, c’est bon !", audacieux, lumineux, reconnaissants et chantants, ont été un vrai délice.
Voilà des moments qui donnent tout leur sens à notre travail et qui donnent envie de dire : "Encore, encore !"
En chœur ! En cœur !
Auteur-e: Nicky Snoeck Ikejimba, enseignante de français à Sainte-Croix
Date: lundi, 31 octobre 2011
Catégorie: Accueil et socialisation, Formation, Intégration , Secteur Nord et Ouest, Sites, Social



