Un civiliste raconte son expérience dans l'animation à l'EVAM
Adrien Pasche a terminé son service civil à l'entité Intégration et développement. Il livre ici quelques souvenirs, principalement vécus à Bex et Moudon, mais aussi à la formation Santé.
"Coordinateur de programmes d’occupation, et plus si besoin..."
Je viens du monde des soins, infirmier assistant dans un service de soins palliatifs pendant deux ans et demi. Mon affectation à l’EVAM en tant que civiliste a commencé fin mars 2010 à l’entité Intégration et développement. J’étais motivé, et surtout très intéressé à découvrir un nouveau monde.
Mes notions sur l’asile se limitaient à des représentations biaisées et infondées. Mes premières rencontres avec des requérants se sont vécues à l'hôpital de St-Loup. Régulièrement des personnes du Centre d'enregistrement de Vallorbe venaient se faire soigner pour la tuberculose.
En tant que civiliste à l’EVAM, j’étais chargé de trois tâches bien distinctes. La première consistait à suppléer le coordinateur des programmes d’occupation communautaires sur les sites de Bex, de Moudon et du Chablais. Je devais m'assurer que les activités mises en place se passent bien, que les personnes employées remplissent leur rôle.
Deuxième responsabilité, une matinée par semaine, je livrais le linge propre et ramenais le linge sale des foyers d’aide d’urgence de Vevey et Vennes, ceci pour le compte de la buanderie. Enfin, troisième mission, j’aidais la formatrice dans le cadre du programme d'occupation destiné à former des auxiliaires de santé.
Formation santé
Cette journée consacrée aux soins m’a offert la possibilité de me replonger dans un domaine connu. J’ai essayé d’amener un peu d’expérience "fraîche" aux élèves souvent très motivés. Au début, mon travail a surtout porté sur les nouveaux supports de cours. Puis j’ai donné quelques cours théoriques et pratiques. L’expérience de l’enseignement, dans le partage des connaissances, m’a donné une grande satisfaction. Dans un domaine aussi vaste et passionnant que l'humain, il est inévitable d'aborder des sujets comme la maladie, la sexualité ou la mort, domaines qui ramènent constamment à soi. Ces cours, parfois, bousculent des valeurs ou des idées reçues. On comprend que les barrières socio-culturelles ne sont en rien des remparts et qu'elles permettent même des débats constructifs et enrichissants.
La supervision des programmes d'occupation communautaires occupait cependant la majorité de mon temps, avec beaucoup d'heures dans les transports publics, occasion de découvrir le Pays de Vaud, de rayonner de Moudon à Bex en passant par le chef lieu.
Bex
A Bex, l’offre est devenue intéressante : la salle de jeu a subi une rénovation, les murs sont repeints, le baby-foot remplacé et un jeu de fléchette sera mis en place ainsi que d’autres jeux de société. Cette salle est ouverte du mercredi au vendredi, en fin de journée, avec l’encadrement de deux médiateurs en programme d’occupation. Le mercredi après-midi, une activité de peinture est proposée au sous-sol, elle remporte un franc succès auprès des enfants. Nombreux sont ceux qui viennent s'y exprimer. En conclusion pour Bex, les infrastructures sont là. L’offre répond en partie à la demande.
Moudon
A Moudon, j’étais d’abord sceptique de descendre dans un "trou" et de gagner chaque semaine cette ville morne… Mais à mon grand étonnement, mes clichés se sont dissipés. Moudon est un endroit bucolique aux portes de la Broye où l’on peut faire des rencontres extraordinaires. Les trois postes de médiateur en animation qui existent sont tenus par des personnes très compétentes, sur lesquelles on peut compter et qui font preuve d’un grand professionnalisme.
Chablais
A l’espace mère-enfant du foyer du Chablais, dans le quartier lausannois de Malley, les locaux sont grands, rénovés et aménagés (matériel de bricolages, jeux, etc..). Mais ils souffrent de ne pas être assez fréquentés. Depuis fin juillet 2010, des activités de couture ont été mises en place, ceci sous l’égide de M. Touré. J'ai semé des tracts dans les immeubles du quartier pour informer de ces nouvelles activités les familles bénéficiaires de l'EVAM. Espérons que la récolte sera fructueuse!
Bilan
Sur les sites, j'ai régulièrement entendu des adultes dire: "Problèmes, beaucoup problèmes!" Cet appel récurrent révèle l'envie de partager un quotidien souvent lourd. Heureusement ces mots ne font pas encore partie du vocabulaire des enfants, trop soucieux de s'amuser! Malgré cette réalité significative, j'ai vu souvent des sourires, des rires, des personnes prêtes à se rendre utiles.
Les médiateurs en animation, vu leur statut de requérant d’asile, doivent parfois quitter inopinément leur fonction en vue d'un transfert ou d'un renvoi. C’est là toute la difficulté. Alors que, depuis des mois, l’animateur construisait un climat, cherchait à établir une ambiance favorable au bon déroulement des activités, la rupture est parfois brutale. Rechercher et trouver des personnes adaptées reste difficile. Certains manquent d’initiative et n’arrivent pas à se positionner en tant que responsable. Quand des enjeux de pouvoir ou des inégalités se font sentir - comme par exemple le refus de partager un jeu, une tricherie, une distribution de nourriture inadéquate -, des esclandres peuvent se produire. Parfois elles peuvent dégénérer en rixes, mais cela reste rare.
J'ai eu trop d'attentes dans la fréquentation de ces activités, souvent déçu de voir des locaux vides. Heureusement conseillé judicieusement, j'ai repris courage et compris l’utilité et l'importance de ces activités malgré les aléas. Il ne faut surtout pas être dans l'hypothèse mais dans l'action!!!
Chaque site a ses spécificités, mais on prend réellement conscience de leurs différences en s'y rendant régulièrement. Il me semble important de rencontrer les personnes dans leur lieu de vie, dans leur réalité.
A l'hôpital, j'enfilais mon "bleu" et essayais de soigner au mieux les personnes malades. Il y avait beaucoup de décès, parfois de personnes trop jeunes, mais le soir je déposais ce lourd vécu à la porte de l'hôpital. Ici les paramètres changent. A première vue les bénéficiaires me semblent en bonne santé et autonomes, je les croise dans la rue, ils sont debout, parlent, parfois rient. Mais derrière il y a des traumatismes, les stigmates de l'exil. Certains m'ont raconté leur voyage et je ne m'étonne pas que des maladies psychiques et/ou physiques en résultent.
Sur ces sites, j'ai souvent collaboré avec les intendants, des hommes et une femme qui exécutent leur métier d'une manière appliquée. La collaboration s'est faite sans accroc, et je tiens à les remercier. Je remercie aussi mes collègues directs, Brigitte, Sylvie, Mouldi et Afif, pour leur accueil et leur confiance.
En conclusion, pour moi ce fut une expérience des plus enrichissantes !
Auteur-e: Adrien Pasche
Date: mardi, 24 août 2010
Catégorie: Encadrement, Occupation, Sites

