Succès pour la journée "égalité" le 11 mars au foyer de Ste-Croix

Une collaboratrice de l'équipe sociale du centre d'accueil et de socialisation relate une journée riche en échanges sur le thème des hommes et des femmes.

Mercredi 11 mars 2009, dans une ambiance détendue et animée, environ soixante résidants du centre de Ste Croix ont pu échanger leurs réflexions, émotions, revendications dans le cadre de la journée thématique "Egalité homme/femme", organisée par l’équipe de Ste-Croix (EVAM et CSI - Centre de soins infirmiers) et soutenue pour la logistique par des bénévoles, des requérants d'asile et un civiliste. Trois collaboratrices de la Cellule d'orientation de l'EVAM ont également apporté leur contribution pour animer un atelier.

A midi, nous nous sommes retrouvés pas loin de nonante personnes dans la salle de paroisse de l’Eglise Catholique, lieu situé à  deux pas du centre, pour un repas délicieux où chacun a pu se restaurer dans un cadre simple et chaleureux.

L’idée de cette journée était de thématiser le sujet de l’égalité en donnant la parole non seulement aux hommes et femmes mais également aux enfants. Dans l’après-midi, l’accent a été mis sur les familles monoparentales et les jeunes-couples : contrat de famille, conciliation de la vie familiale avec la vie professionnelle.

Nous avons également mis à  disposition une documentation diversifiée traitant du sujet.

Atelier sur les polarités masculin/féminin

L’objet de cet atelier présenté par Nadia Legouara (assistante sociale) était de nous permettre de prendre conscience et de reconnaître en nous des tendances psychologiques traditionnellement attribuées au masculin et féminin, et retrouvées dans le concept de l’animus et de l’anima propre à  Jung ou des polarités yin/yang dans la philosophie chinoise.
 
L’atelier a débuté par un bref exposé sur la difficile tâche que d’être un homme, le propre de l’identité masculine résidant en effet dans la différenciation à  l’égard du féminin maternel : né d’une femme, bercé dans un ventre féminin, le petit mâle ne peut en effet se développer qu’en devenant le contraire de ce qu’il est. Se faisant, il doit se garder de blesser son âme féminine.

Après avoir évoqué les nombreux rites d’initiation qui subsistent encore à  l’heure actuelle dans les sociétés traditionnelles et noté que la différenciation sexuelle était une donnée universelle, nous avons réalisé que la plupart des sociétés utilisaient le sexe et le genre comme principal schéma cognitif pour comprendre leur environnement.

Nous avons également pris conscience que l’instinct "maternel" n’était pas quelque chose d’inné, de propre au féminin, mais relevait de différents facteurs. On apprend à  devenir mère, comme on apprend à  devenir père. Dans cette situation, homme et femme sont égaux... .
 
Dans un deuxième temps, nous avons pris part au "Jeu des énergies en nous", outil développé par Eva Saro, (EyeWatch, Fondation images et société).  L’exercice consiste à  identifier en nous les diverses tendances psychologiques "masculines" et "féminines" qui nous constituent.

Dans la confiance et une ouverture surprenante, chacun s’est mis à  l’Å“uvre, dévoilant ses multiples facettes.  Et à  l’issue de l’atelier, on finit par découvrir que, hommes ou femmes, nous sommes toutes et tous engagé(e)s dans un même processus d’individuation. Processus qui nous pousse à  nous développer, à  nous dés-identifier pour devenir toujours plus nous-mêmes.

Atelier "égalité homme-femme"

Lors du deuxième atelier animé par Laurence Deruisseau (assistante sociale), différentes images étaient exposées. En choisissant "leur (s) image (s)", hommes et femmes ont pu s’exprimer sur le sujet.

En vrac : certains messieurs souhaitent que l’égalité entre hommes et femmes devienne de plus en plus une réalité pratique, dans le respect des différences, notamment en ce qui concerne la maternité, l’allaitement. Cette réalité semble être vécue de manière très forte au sein de la communauté érythréenne et les hommes sont fiers de leurs compagnes, fortes et courageuses, qui ont combattu à  leurs côtés pour l’indépendance.

D’un point de vue tout différent, d’autres messieurs, tout en affirmant vouloir respecter et protéger les femmes, pensent qu’il est juste et bon que leurs épouses restent à  la maison et portent le voile,  se protégeant du regard d’autrui comme le veut leur religion.

Finalement, tous les hommes étaient d’accord : la vie sans femmes ne serait pas la vie !

Chez les dames on retrouve les deux tendances : acceptation des règles liées à  la religion, aux traditions et d’un autre côté une réelle envie de parité équitable, de solidarité, sur tous les plans.

Des questions ont été posées :

  • Pourquoi une femme devrait-elle être vierge au mariage et pas un homme ?
  • Pourquoi devrait-elle être obligée de se voiler ?
  • Pourquoi peut-on encore pratiquer l’excision ?
  • Au-delà  de l’égalité homme-femme, qu’en est-il de l’égalité entre humains, races, classes sociales,  etc., confondues. On pense au reportage "Pas les flics, pas les noirs, pas les blancs".

Faute de temps, nous n’avons pu élucider ces questions.

Atelier "être enfant dans un foyer d’hébergement"

L’objectif de cet atelier animé par Charlotte Deslarzes (infirmière du CSI) et Aurore Bérard (stagiaire, étudiante infirmière finaliste) était de permettre aux familles vivant actuellement dans le centre de s’exprimer sur les points positifs et les difficultés rencontrées quant aux aspects pratiques de la vie pour leurs enfants. L’ensemble des familles inscrites étaient présentes avec leurs enfants, hormis ceux allant à  l’école. Une femme sud-africaine venant de Crissier nous a rejoints avec son fils et son bébé. Ont participé à  cet atelier : 7 adultes, 5 enfants et un bébé.

La matinée s’est déroulée dans une ambiance décontractée et de manière informelle. Des crayons et des jeux étaient à  disposition des enfants qui se sont vite mis à  jouer ensemble, malgré la barrière linguistique.

Les principales difficultés unanimement évoquées sont : manque d’une salle de jeux, espace à  disposition limité (taille des chambres restreinte), nuisances sonores en soirée et durant la nuit, manque d’hygiène dans les lieux communs (sanitaires et cuisines), infrastructure pas adaptée aux enfants (ex : lavabos).

A la suite de quoi, d’intéressantes propositions réalistes et concrètes ont été faites par les requérants, notamment une chambre de jeux "gérée" par les familles à  tour de rôle, distribution de tabourets afin de permettre aux enfants de pouvoir par exemple se laver les dents seuls au lavabo, regroupement des familles dans une même partie du bâtiment (ce, pour éviter les nuisances souvent provoquées par les célibataires).

Ce riche échange a été clôturé par une brève synthèse et par la remise en ordre de la salle de rencontre par les enfants et les adultes.

Rappelons enfin que la Déclaration des droits de l’enfant proclamée par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies stipule dans son principe 7 que "l'enfant doit avoir toutes possibilités de se livrer à  des jeux et à  des activités récréatives, qui doivent être orientés vers les fins visées par l'éducation; la société et les pouvoirs publics doivent s'efforcer de favoriser la jouissance de ce droit."

Atelier "le contrat de famille"

L’atelier était animé par Andreas Zurbrügg (assistant social), également médiateur familial de formation. L’objectif était dans un premier temps d’énumérer les différentes formes de contrats de famille (la reconnaissance d’un enfant, la convention alimentaire, le contrat de mariage, la convention de divorce, etc.) avant d’essayer d’inciter les participants à  développer une culture de négociation au sein de leur couple / famille.

Beaucoup de gens se marient ou deviennent parents sans négocier clairement l’apport de chacun à  la famille, faisant référence à  leurs propres représentations individuelles de la normalité, de la place à  prendre par chacun des parents et des partenaires. L’absence d’une culture de négociation au sein du couple amène souvent à  l’obligation de négocier la séparation, le divorce. Mais l’égalité des droits et l’équivalence des partenaires donneraient des chances à  tous les membres de la famille et ouvriraient de nouvelles possibilités à  chacun.

Peu de choses sont dorénavant données, tout est à  négocier. Qui travaille ? Quand ? A quel pourcentage ? Qui fait les études ? Qui garde les enfants ? Qui fait le ménage ? Qui fait à  manger ? Qui décide des dépenses ? La négociation du budget familial se prête à  exercer, intégrer cette culture de négociation au sein de la famille : se rendre compte des moyens à  disposition pour vivre, quel projet commun peut émerger et être mis en pratique, quelle valeur est donnée à  soi-même, à  l’autre, aux besoins individuels, etc. Pour s’exercer, des formulaires "budget familial" détaillés ont été distribués et expliqués aux groupes. L’exercice initialement prévu n’a malheureusement pas pu être fait par manque de temps.

Il est vrai qu’il est possible de profiter l’un de l’autre, qu’il est possible de se soustraire à  ses responsabilités et/ou de répartir d’une manière inéquitable les charges familiales. Une convention alimentaire pour un enfant né hors mariage ou un jugement de séparation se doit légalement de respecter le minimum vital du "débiteur", il ne tient pas nécessairement compte du budget de celui qui assume la garde. De l’autre côté, beaucoup de parents non-gardiens déplorent leur exclusion de la vie de leur enfant et se sentent déchus de leur responsabilité parentale. Là  aussi, l’élaboration d’un projet parental commun permet de mieux équilibrer les joies et les charges de la parentalité et d’arriver à  un contrat de famille "gagnant-gagnant". Tout dépend de la négociation.

Atelier "conciliation vie familiale - vie professionnelle"

Dans l’idée d’une égalité des chances, il nous a tenu à  coeur de mettre un accent sur la situation des familles monoparentales, des jeunes mères qui sont souvent exclues de la participation aux cours de français, aux formations, et plus ou moins invitées à  rester chez elles pour s’occuper de leurs enfants. Ces mêmes mères se verront reprocher plus tard qu’elles ne savent pas parler français convenablement et qu’elles ne sont pas (financièrement) autonomes. Combien d’entre elles seront exclues de la possibilité d’obtenir un permis B après 5 ans faute d’autonomie financière ?

D’un autre côté, les couples sont également concernés. Selon le bureau fédéral de l’égalité, "la société doit offrir des conditions générales favorables pour que les couples puissent se partager le travail rémunéré et le travail non rémunéré de manière équitable, dans un esprit de partenariat. Assumer ensemble la responsabilité du travail rémunéré, du travail domestique et du travail familial doit être possible pour l'ensemble des femmes et des hommes, pas seulement pour les personnes ayant des revenus élevés."

L’égalité des chances passe donc aussi et principalement par les possibilités de faire garder son enfant, de concilier vie familiale et vie professionnelle.

Animé par nos collègues Brigitte Trolliet Megroz, Kathrin Dobler et Aline Dorner, de la Cellule d'orientation, cet atelier a démarré en abordant les divers changements conséquents à  une prise d’emploi sur la vie personnelle (changement du rythme, sens nouveau à  sa vie, implication personnelle, sentiment de prendre sa vie en mains).

En seconde partie, il a été question de l’impact d’une activité professionnelle sur la vie familiale (qui travaille ? qui garde les enfants ?) Regard de la communauté sur l’organisation et les choix du couple. Lorsque les deux parents travaillent, quelles sont les possibilités de garde existantes ? Comment se donner les moyens ?

Bonne participation malgré les barrières linguistiques, bonne écoute malgré le brouhaha. On ose exprimer son avis même s’il est un peu décalé par rapport au reste de l’assemblée. Beaucoup de rêves également car la situation est tendue sur le front des garderies et les participants n’ont pas pleinement conscience de cela.

*

C’est aux alentours de 17h que notre journée s’est conclue, par une synthèse, puis une petite collation. Chacun semblait heureux d’avoir pu s’exprimer, heureux de ces échanges et nouvelles prises de conscience. Malgré le manque de temps, des pistes de réflexion ont été ébauchées et feront leur chemin.

Pour Brigitte Trolliet Megroz, cet événement est une plus-value, tant pour nos résidents (mise en mots d’une problématique qui les touche directement, démarche participative, exercice mêlant divertissement, information, convivialité, responsabilité, etc.) que pour le personnel (exploration de nouveau sites et du travail d’autrui, positionnement en tant que porteur de sa propre culture). Il faudrait étendre ce genre d’interventions pour que davantage de collaborateurs puissent en bénéficier, notamment ceux qui sont un peu loin du terrain ou derrière un guichet (voir les objectifs du Plan stratégique).

Rien n’est acquis, tout reste en devenir… Et de terminer ce papier par un mot de notre collègue Andreas Zurbrugg : l’égalité est "affaire" (à  faire) de chaque jour !

Laurence Deruisseau


Auteur-e: Laurence Deruisseau, assistante sociale
Date: vendredi, 20 mars 2009
Catégorie: Accueil et socialisation, Encadrement, Social, Sites, Partenaires, Revue de presse