Deux réfugiés africains dans les foyers EVAM pour parler de racisme

Le projet "A toi, à moi" de l’association Co-Habiter, avec le soutien de la Confédération et du Canton de Vaud, vise à déjouer les pièges de la victimisation systématique tout en encourageant les vraies victimes de racisme à faire valoir leurs droits.

Crissier, 15 juillet 2010

"Le racisme, c’est quand les Blancs changent de place dans le bus. Ou qu’ils mettent la main devant le nez pour nous montrer qu’on sent mauvais." En ce début d’après-midi estival, une quinzaine de résidents du foyer de l’EVAM à Crissier approuvent de la tête les paroles de ce requérant d’asile venu assister comme eux à l’atelier "A toi, à moi". Proposé par deux réfugiés statutaires originaires du Togo, ce projet est destiné aux personnes de couleur hébergées dans les huit foyers de l’EVAM, où des moments d’échanges en français/anglais sont organisés entre le 1er juillet et le 3 septembre 2010.

Les fondateurs de l’association Co-Habiter, Yawo Abotsi et Yawo Atitsogbe Golo, connaissent bien cet univers puisqu’ils ont eux-mêmes été requérants d’asile avant d’obtenir le permis B. Ils en connaissent également les pièges, comme le repli identitaire qu’effectuent nombre d’Africains persuadés que la société suisse ne les acceptera jamais. Apprendre à faire la différence entre actes racistes et comportements qui ne le sont pas, responsabiliser les Noirs dans la construction de leur image et aider les vraies victimes de racisme à se défendre sont quelques-uns des objectifs de leur association. Cette vision a convaincu le Service fédéral de lutte contre le racisme et le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme, qui financent en partie cette tournée dans les foyers EVAM.

Les ateliers se déroulent de manière interactive, les deux animateurs appelant les résidents à témoigner de leur expérience du racisme au quotidien. Des extraits du reportage "Dans la peau d’un Noir", de l’émission suisse Temps présent, sont utilisés pour nourrir le débat. On y voit un Sénégalais rechercher un appartement et un travail et faire face à diverses réactions en caméra cachée. A chaque fois la question se pose : la rudesse de la réceptionniste était-elle une manifestation de racisme ou un simple signe de surmenage ? Le refus de tel ou tel emploi est-il lié à l’origine du candidat ou à son manque de qualifications ?

Dans la salle, les auditeurs reconnaissent qu’il est souvent difficile de faire la part des choses. Ils s’enhardissent alors à citer des exemples vécus : les contrôles policiers plus fréquents auprès des Africains que des Blancs, les vexations dans les magasins, où ils sont plus souvent soupçonnés de vol que les autres.

A la fin de la séance, les deux animateurs encouragent les participants à ne pas faire d’amalgames et à ne jamais réagir par la violence à un signe d’hostilité. Ils expliquent que pour être puni par la loi, l’acte raciste doit avoir eu lieu en public et qu’il est important de rassembler des preuves, d’avoir des témoins. Ils donnent également des informations sur les organisations qui aident les victimes. "Tous ignorent l'existence des lois en Suisse qui interdisent la discrimination et qui punissent les auteurs", relève Yawo Atitsogbe Golo au terme de la troisième séance.

La tournée continue et mérite d’être soutenue par les collaborateurs de l’EVAM pour encourager les résidents à participer. A Nyon les échanges ont duré trois heures et se sont terminés par une salve d’applaudissements.


Auteur-e: EME
Date: lundi, 19 juillet 2010
Catégorie: Accueil et socialisation, Aide d'urgence, Encadrement, Partenaires, Sites