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Travaux d’utilité publique sur la Côte : les raisons d’un bilan gagnant-gagnant
Une vingtaine de migrants hébergés dans les abris de protection civile de la Côte terminent en cette fin d’année 2011 leur mission auprès des communes qui les ont engagés dans des travaux d’utilité publique. Des collaborations qui ont suscité l’enthousiasme de tous, des autorités municipales aux participants à ces programmes d’occupation, en passant par les employés communaux qui les ont côtoyés au quotidien. Reportage à Vich, Le Vaud et Prangins.
Coiffé d’un bonnet de laine pour affronter la pluie de cette matinée de décembre, Assef, requérant d’asile débouté, s’inquiète : "Il faut qu’on se remette au travail, la commune a loué une machine pour aujourd’hui et perdra des sous si on attend." Cet Afghan logé à l’abri de protection civile de Gland est en programme d’occupation dans le petit village de Vich depuis le mois de septembre 2011. Avec son camarade tunisien, ils ont successivement participé au nettoyage des chemins forestiers, arraché des mauvaises herbes, vidé les feuilles mortes de la fontaine du village et repeint divers éléments des infrastructures communales. "Ils font partie des meubles maintenant", affirme Jean Sommer, vice-syndic en charge du dicastère Constructions, social, cultes, cimetière, forêts et rivières, notant au passage que les réalisations des deux migrants sont "autant de petites choses que l’on n’aurait pas faites autrement, et qui bout à bout contribuent à la qualité de vie".
Au début, se souvient le municipal, les autorités du village ont eu droit à "des milliers de questions" sur ces deux requérants d’asile. Quel était leur passé, comment ils allaient se comporter, comment se passerait la cohabitation. "Et maintenant on se fait du souci si l’un ou l’autre est absent, on s’inquiète déjà à l’idée qu’un jour peut-être ils ne seront plus là…" Pour Ichem, le Tunisien, la chose est entendue : "A Gland, je sens la peur des gens. Mais ici j’ai oublié mes problèmes. Si tu ne fais rien, tu ne sers à rien."
"Retrouver le moral et un certain équilibre psychologique" est le principal bénéfice engrangé par les participants, estime Pascal Bapst, coordinateur à l’EVAM des travaux d’utilité publique (TUP) organisés cet automne dans cinq communes de la Côte. A Vich, Arzier, Le Vaud, Gland et Prangins, ils sont quatorze à être occupés aux côtés des employés communaux, principalement dans des tâches de voirie. A Prangins toujours, une équipe supplémentaire de quatre migrants réalise en outre une mosaïque sur la plage de Promenthoux dont l’inauguration aura lieu au printemps prochain. Le fait d’avoir un but dans la journée, de se sentir utile et d’être en contact avec la population suisse change complètement la donne pour ces requérants d’asile déboutés ou toujours en procédure qui partagent des conditions de vie difficiles, entre l’incertitude de l’avenir et leur hébergement en abri souterrain.
Même si l’indemnité de 300 francs perçue pour cette activité est maigre, les résidents des abris de Nyon et Gland sont nombreux sur la liste d’attente à espérer une place dans un des ces TUP. "Ils voient que les participants reviennent avec une bonne fatigue, cela change complètement la dynamique au sein des structures, les tensions baissent. Ces TUP sont vraiment un projet gagnant-gagnant, tant pour les migrants que pour les communes, qui toutes ont prolongé leur convention avec nous", s’enthousiasme Cécile Ehrensperger, responsable du secteur Nord et Ouest de l’EVAM, l’interlocutrice des municipalités.
Ces dernières jouent parfaitement le jeu. "Il en va de notre responsabilité de ne pas laisser les villes qui hébergent les migrants seules dans ce dossier", déclare Violetta Seematter, municipale en charge des affaires sociales à Prangins. "Nous sommes responsables à notre échelle de participer à leur occupation, car si l’être humain reste sans rien faire, c’est la catastrophe", renchérit Chantal Landeiro, son homologue à Le Vaud. Les deux municipales ne tarissent pas d’éloges sur le travail fourni par les migrants, et constatent partout une évolution des mentalités de la part de leurs administrés.
Ce que confirment aussi les employés communaux, comme en témoigne le responsable de la Voirie de Le Vaud : "Je suis tombé sur deux bons gaillards, motivés et autonomes", se réjouit Pierre-Yves Baumgartner en parlant du Ghanéen et du Nigérien qui ont repeint l’abri bus, rénové la place de jeux, débroussaillé les alpages et planté les pics à neige. "Même s’ils ont plein de problèmes, la tête occupée par leur famille au pays et du mal à dormir à l’abri, ils arrivent tous les matins avec le sourire. Ca impose le respect…"
Auteur-e: EME
Date: vendredi, 16 décembre 2011
Catégorie: Secteur Nord et Ouest, Partenaires, Encadrement, Occupation, Aide d'urgence